C’était comment avant : les classes du jeudi et du samedi en 1863 ? Et que faisait l’instituteur le dimanche ?

  1. En 1863, le jeudi matin est consacré à la messe, au chant, à la récitation d’un morceau littéraire et à la lecture expressive par le maître en dernière heure. C’est l’instituteur qui conduit tous les enfants à l’église. Dans les écoles mixtes, les filles font des travaux d’aiguille pendant le chant, la récitation du morceau littéraire…
  2. Le samedi est consacré aux révisions de tout ce qui a été étudié dans la semaine : instruction religieuse, langue française (dictée), arithmétique (problèmes).
  3. Le dimanche : le règlement prescrit à l’instituteur de conduire ses élèves à la messe après qu’ils se soient tous réunis à l’école ¼ d’heure auparavant. Le maître inspecte la propreté et la femme de l’instituteur s’occupe « des soins spéciaux à donner aux enfants qui, venant de hameaux éloignés, auraient eu à parcourir de mauvais chemins. L’appel est fait comme de coutume, note est prise des absents, qui seront punis le lendemain » (Pinet, 1863, p. 62).

Livre Organisation pédagogique des écoles 1863

Source : Pinet A. (1863). De l’organisation pédagogique des écoles d’après M. Villemereux, Inspecteur Général de l’Enseignement Primaire. Paris : Dezobry, Tandou Éditeurs, 3ème édition.

De la femme de service à l’ATSEM : bref historique

     Depuis 1887, nous sommes passés d’un recrutement par la Directrice d’école maternelle à un recrutement par le Maire ; d’un travail défini par ce que la femme de service  ne devait pas faire, dans les années 1920-1940 à l’arrêté du 22 février 2017 créant le CAP « Accompagnant éducatif petite enfance » prévoyant un référentiel de certification. Voici quelques jalons historiques du métier de femme de service-ATSEM :

Décret officiel du 18 janvier 1887, article 8 : « Une femme de service doit être attachée à toute école maternelle » ; « La femme de service est nommée par la directrice, avec agrément du maire, et révoquée dans la même forme ». « Le traitement de la femme de service est exclusivement à la charge de la commune ».

Loi du 19 juillet 1889, article 4 : « La rémunération des gens de service dans les écoles maternelles publiques est à la charge des communes ».

En 1939, un chapitre est consacré à la « femme de service » dans l’ouvrage « Organisation et fonctionnement des écoles maternelles, classes enfantines et sections préparatoires » chez Bourrelier. Il précise « Les mêmes avantages seront, par la suite, demandés pour les classes enfantines (circulaire ministérielle du 10 septembre 1913) et légalement accordés par le décret du 15 juillet 1921 (art. 8) puisque « désormais les classes enfantines seront des classes maternelles annexées à des écoles élémentaires » » (p. 121).

Arrêté du 22 juillet 1922, art. 15 : « Elles sont placées sous l’autorité immédiate de la directrice » ; « Tant que l’établissement est ouvert, la femme de service ne doit jamais, sous aucun prétexte, s’occuper d’autre chose que du service spécial de l’école maternelle. » Cet arrêté est le Règlement scolaire modèle qui servait à la rédaction des règlements départementaux relatifs à la tenue des écoles maternelles publiques.

Le chapitre de 1939 (écrit par Mme Dufresse, Inspectrice des écoles maternelles) précise que le rôle des femmes de service et leur travail n’est pas défini dans les textes officiels. Ce qui est sûr, c’est que des institutrices maternelles confient encore trop souvent la surveillance des petits aux femmes de service. Le texte rappelle que l’institutrice est la seule responsable des accidents et que son remplacement par la femme de service est illégal. A l’époque, le texte est cependant tranchant car certaines femmes de service imitent les institutrices : « Elles peuvent être tentées de croire qu’avec une armoire suffisamment pourvue de matériel elles sauraient se tirer d’affaire. A nous de garder jalousement nos prérogatives pour éviter tout malentendu. Le rôle des femmes de service est essentiellement celui de ménagères chargées de l’entretien de la maison. Nous leur demandons d’abord, et presque exclusivement, d’assurer aux enfants des locaux d’une propreté impeccable, d’une salubrité parfaite, dans la mesure où l’hygiène des locaux dépend de nos soins. » (1939, p. 122). L’hygiène pour lutter contre les maladies contagieuses est essentielle : propreté, aération, lavabos, mobilier, jouets…

« Je suppose les institutrices maternelles assez raisonnables pour ne pas déranger à tout instant les femmes de service de leur pénible besogne et simplement pour moucher un enfant à portée de main, rétablir l’ordre d’un tablier, d’une culotte, voire d’une chaussure ! Dans ce cas, il restera, ici ou là, un peu de temps à la femme de service pour l’entretien du vestiaire de secours (confection, lavage, repassage, raccommodage), et on pourra lui demander de laver à l’école les serviettes de toilette qu’on obtient si irrégulièrement des familles, les tabliers qui assurent aux petits malheureux une certaine dignité vestimentaire, les mouchoirs de poche qui parent aux oublis multiples, etc. » (1939, p. 123).

C’est donc en 1939 que l’on perçoit le glissement du recrutement de la femme de service jusqu’alors par la directrice, vers la mairie : « Or c’est à la directrice d’école maternelle qu’incombe le soin de former, diriger, contrôler la femme de service, et nous approuvons toutes les initiatives susceptibles de renforcer son autorité : rapport annuel fourni à l’administration municipale, note chiffrée servant à la répartition des promotions, etc. N’oublions pas que légalement, la directrice a même le droit de choisir le personnel de service et de sanctionner incapacité ou fautes graves par la révocation sous réserve de l’agrément du maire, ce qui augmente encore ses responsabilités. Ce droit, il faut bien en convenir, est de moins en moins respecté. Il a été souvent et demeure très contesté par les municipalités, en particulier dans les grandes villes, sous prétexte d’accorder à toutes les femmes de service les mêmes et justes garanties, y compris la stabilité de leur emploi, d’appliquer les lois sociales relatives au recrutement des employés municipaux, etc. » (1939, p. 124).

En 1954, le cahier de pédagogie moderne « Les écoles maternelles, classes enfantines, cours préparatoires » (Bourrelier) consacre un chapitre à la femme de service précisant qu’elle est l’auxiliaire précieuse des institutrices mais que les textes officiels sont peu nombreux (1887 et 1922). Néanmoins, ce cahier écrit à nouveau que la femme de service doit être nommée par la directrice avec l’agrément du Maire (p. 42) car : « Le texte officiel est généralement respecté, mais dans certaines grandes villes, la femme de service est nommée par le maire. Devenue de ce fait employée communale, soumise au statut des employés communaux, elle jouit à ce titre d’avantages certains dont la stabilité de l’emploi et l’avancement régulier ne sont pas des moindres. […]

Le décret du 18 janvier 1887, article 8 et celui du 15 juillet 1921 vont être modifiés par celui du 1er septembre 1971 : « La femme de service est nommée par le maire, sur proposition de la directrice, et révoquée dans la même forme. » C’est également en 1971 que l’expression « Agent Spécialisé des écoles maternelles et des classes enfantines » apparait.

Le décret du 28 août 1992 (en ligne dans la rubrique ATSEM du blog) précise les modalités de recrutement, nomination et titularisation, avancement des ATSEMS. L’article 2 précise : « Les agents spécialisés des écoles maternelles sont chargés de l’assistance au personnel enseignant pour la réception, l’animation et l’hygiène des très jeunes enfants ainsi que de la préparation et la mise en état de propreté des locaux et du matériel servant directement à ces enfants. Les agents spécialisés des  écoles maternelles participent à la communauté éducative. » Le mot « directeur » est employé une seule fois dans ce texte pour rappeler : « Conformément aux articles R* 412-127 et R* 414-29 du code des communes et sans préjudice des dispositions statutaires, la nomination des agents spécialisés des écoles maternelles et la décision de mettre fin à leurs fonctions sont soumises à l’avis préalable du directeur de l’école ».

Larrêté du 22 février 2017 créant le « CAP Accompagnant éducatif petite enfance » prévoyant le référentiel de certification liste les compétences communes aux différents contextes de travail et des compétences spécifiques notamment à l’école maternelle (voir texte officiel dans la même rubrique du blog).

Vous pouvez consulter la bibliographie ATSEM pour plus de précisions historiques et notamment le Rapport de l’IGEN paru en 2017.

Loi Guizot sur l’instruction primaire du 28 juin 1833

      Je partage avec vous ce texte historique : la Loi sur l’instruction primaire du 28 juin 1833, signée par le Roi Louis-Philippe et Guizot, ministre secrétaire d’état au département de l’instruction publique.

Cette loi instaure la création des écoles primaires élémentaires publiques (mais aussi privées) par commune ou regroupement de communes ; une école primaire supérieure dans les communes de plus de 6000 habitants et une école normale primaire par département.

Sont également évoqués : le brevet de capacité de l’instituteur, le local, le traitement fixe, la caisse d’épargne et de prévoyance en faveur des instituteurs primaires communaux (retenue d’1/20ème du salaire placée servant à l’après ou en cas de décès), le comité local de surveillance (maire, curé et notables) et l’ordonnance du roi pour l’exécution de la loi.

Bonne lecture !

Guide des écoles primaires 1834Vous remarquerez les deux tampons : École Normale Primaire de Rouen, Seine Inférieure et École Normale d’Instituteurs de Rouen.

Source : Guide des écoles primaires rédigé par un Recteur d’Académie en 1834, paru chez Hachette. Ouvrage approuvé par le conseil royal et le ministre de l’Instruction Publique.

Loi Guizot du 28 juin 1833 sur l’instruction primaire

C’était comment avant : le registre d’appel en 1881 ?

En apparence, il n’était pas très différent de celui d’aujourd’hui. Grace à Eugène Rendu (1881, p.64), nous pouvons replonger dans la circulaire ministérielle du 17 avril 1866 qui justifie moralement la tenue du nouveau registre journalier, base de la statistique nationale :

« Il s’agit d’enfants dont nous avons la charge, d’unités vivantes dont pas une ne doit être négligée. Ce chiffre que l’instituteur s’astreint à marquer pour une absence, c’est toute une leçon qu’il donne aux enfants, aux familles, au pays. Quand l’Administration dit à l’instituteur qu’il ne doit pas laisser passer inaperçue l’absence d’un seul élève pendant un seul jour, elle dit par là même aux parents que cette absence n’est pas un fait insignifiant ; qu’eux aussi doivent respecter le temps des enfants ; que, dans la durée si réduite des études primaires, les jours, les heures sont comptés ; que priver l’enfant de quelques leçons, chaque mois, c’est priver son intelligence de quelques-unes des ressources et des chances de développement dont elle avait strictement besoin ; c’est causer à cet enfant un préjudice réel en brisant pour lui la suite des idées, le bon ordre de l’enseignement, la progression des exercices ; c’est enfin prendre sur son capital et mutiler cette éducation, qui n’est pourtant que le minimum de la culture nécessaire à l’homme et au citoyen. »

Registre d'appel couverture

La circulaire du 17 avril 1866 explicite comment faire l’appel car à l’époque cela pouvait s’avérer long au regard des 50, 60 ou 80 noms… et des retardataires très fréquents. Pour éviter de perdre du temps, la circulaire indique de placer aux tables les enfants, dans le même ordre que dans le registre !

La différence avec le registre d’aujourd’hui est que les absences figuraient à gauche et les notes des élèves, à droite. Eugène Rendu (1881, p. 65) rappelle et synthétise les écritures obligatoires de l’instituteur : « Le registre matricule donne la situation financière, le journal de classe indique les opérations faites, le registre d’appel et de notes fournit les résultats moraux obtenus. » Vous pouvez découvrir sur le registre la partie pédagogique et les matières notées. Le mode de notation était : Parfait : 10 ; Très bien : 9 ; Bien : 7 et 8 ; Assez bien : 6 ; Passable : 5 ; Médiocre : 3 et 4 ; Mal : 1 et 2 ; Nul : 0. Et de préciser que ce mode de notation est le même que celui des examens d’admission aux écoles normales, au certificat d’études primaires, et qu’il est suffisamment précis pour y trouver toutes les nuances du mérite !

Registre d'appel et notes

Si les enfants sont placés aux tables comme sur le registre d’appel, ce n’est pas en référence à l’ordre alphabétique du nom de famille, mais en fonction de ce mérite justement. Le travail du mois permettait à certains de changer de place et d’aller « de l’avant », en fonction des notes mais surtout de l’exactitude et de la conduite : les premiers venaient chercher une récompense exceptionnelle et les derniers baissaient la tête !

Une copie de la page annuelle était transmise en fin d’année scolaire à l’inspecteur de l’enseignement primaire.

Registre d'appel relevé annuel

Rendu E. (1881). Manuel de l’enseignement primaire. Pédagogique, théorique et pratique. Paris : Hachette. Nouvelle édition remaniée et très augmentée avec la collaboration de A. Trouillet, Inspecteur de l’Instruction Primaire. La première édition date de 1857.

C’était comment avant : le Journal de classe (cahier journal) en 1881?

Pour retrouver l’origine du journal de classe, il m’a fallu chercher un bon moment et il apparait dans la catégorie « registres » et plus particulièrement les « registres obligatoires » mentionnés dans l’arrêté du 17 avril 1866.

C’est l’ouvrage d’Eugène Rendu, Inspecteur Honoraire de l’Instruction Publique,  « Manuel de l’enseignement primaire » publié en 1881, qui m’a offert des détails, page 62 :

L’Arrêté du 17 avril 1866 précise : « Les seules écritures périodiques dont la tenue est exigible pour les instituteurs sont les suivantes :

1re  catégorie. Écritures relatives au recouvrement de la rétribution scolaire. 1° Registre matricule ; 2° Rôles de la rétribution scolaire et écritures qui s’y rapportent ; 3° Registre des déclarations d’abonnements.

2ème catégorie. Écritures d’ordre et de statistique. 1° Registre d’inventaire du mobilier d’école ; 2° Catalogue et registre d’entrée et de sortie des livres des bibliothèques scolaires ; registre des recettes et dépenses, et état, au 31 décembre, de ces bibliothèques ; 3° Rapport annuel contenant les renseignements nécessaires à la rédaction des états de situation des écoles et salles d’asile.

3ème catégorie. Écritures relatives à la direction pédagogique de l’école. 1° Registre d’appel ou de présence, de notes et de composition, conforme au modèle ; 2° Journal de classe également conforme au modèle. »

Rendu (1881, p. 87) explicite le journal de classe : « Le journal de classe est un registre destiné à recevoir, jour par jour, la préparation écrite et résumée des matières enseignées aux élèves des trois divisions, matin et soir. La tenue de ce registre est aujourd’hui obligatoire dans tous les départements. Fourni par la commune, le journal de classe fait partie des archives de l’école, et, en cas de changement ou de cession de fonctions, il est remis par l’instituteur à son successeur. Tous les soirs l’instituteur doit y inscrire le résumé des exercices et des leçons du lendemain. Dans les écoles pourvues d’adjoints, les registres de ces derniers sont soumis, chaque matin, une demi-heure avant l’ouverture de la classe, au visa du directeur, qui s’assure que les leçons et devoirs sont bien en harmonie tant avec l’emploi du temps qu’avec la division trimestrielle ou mensuelle du programme, et qu’ainsi toutes les divisions du même cours suivent la marche parallèle prescrite, que toutes les branches de l’enseignement reçoivent un développement en rapport avec le classement des élèves et leur degré d’instruction. »

Voici le modèle (appelé spécimen par l’auteur) : l’instituteur devait écrire, en lecture, le texte et la liste de mots étudiés ; en écriture, le numéro de la méthode, les exercices ou le modèle ; en grammaire et arithmétique, les exercices en entier pour le CE et pour le CM et le Cours Supérieur, le titre de l’exercice ou la dictée (page et auteur) :

Journal de classe 1881 p1

Journal de classe 1881 p2

Nous en retrouvons l’origine dans l’explicitation de ce qu’est l’autorité : sans préparation de classe, le maître tâtonne, cherche des textes pour les leçons et les élèves s’en aperçoivent et s’agitent. Suit un paragraphe sur les questions que doit se poser le maître en fin de journée (l’équivalent de notre bilan) :

« A toutes ces questions, il faut que l’instituteur se fasse, par avance, chaque soir ou chaque matin, des réponses très précises. De là, le Journal de classe. Introduit dans le Loiret dès 1851 [note de bas de page : par M. Villemereux], rendu obligatoire par un arrêté ministériel de 1866, ce registre est aujourd’hui en usage dans toutes nos écoles. » (Rendu, 1881, p. 129).

Pour résumer : le Journal de classe est né dans le Loiret en 1851 grâce à M. Villemereux. Il devient obligatoire par arrêté en 1866. Il est fourni par la commune, est visé tous les matins par le directeur d’école et fait partie des archives de l’école.

Rendu E. (1881). Manuel de l’enseignement primaire. Pédagogique, théorique et pratique. Paris : Hachette. Nouvelle édition remaniée et très augmentée avec la collaboration de A. Trouillet, Inspecteur de l’Instruction Primaire. La première édition date de 1857.

Il s’agit de l’école primaire, à  suivre concernant l’école maternelle…