Enseigner la conscience phonologique : trois conseils pour une plus grande efficacité

     Ces conseils sont issus de mes lectures théoriques sur la conscience phonologique depuis 1985, de ma pratique en classe (mes classes puis celles de collègues), des formations d’enseignants, du suivi d’enseignants lors de cet enseignement, de construction d’outils pour la pratique… :

1- L’enseignement de la conscience phonologique se fait sur le long terme : la recherche prévoit souvent dès 4 ans, le Ministère de l’Éducation Nationale prescrit cet enseignement dès la Petite Section (Circulaire de rentrée, BO n°22 du 29 mai 2019). Cela implique une progression d’école qui est a minima « Syllabe-rime-phonème » (voir progression proposée plus détaillée dans la rubrique langage oral).

2- L’enseignement doit être régulier et continu : si vous faites des séances pendant 3 semaines et que vous n’en faites plus pendant 15 jours, vos élèves perdront les acquis ! C’est ce qui explique souvent les différences d’acquisition entre deux classes aux mêmes caractéristiques. Si vous avez une rupture temporelle, en général, il faut reprendre depuis le début ou presque. Je conseille souvent deux séances de 20mn par semaine mais cela peut être un peu tous les jours ; deux séances par semaine aident à conserver un bon rythme sur le long terme en tenant compte des imprévus en classe. Une fois par semaine n’est pas suffisant car c’est un apprentissage systématique qui doit être automatisé.

3- Deux biais auxquels il est nécessaire de veiller :

  • Ne faire que de la scansion de syllabes : chocolat : cho-co-lat. Il faut enseigner tout autant la fusion de syllabes : proposez cho-co-lat en entrecoupant chaque syllabe d’une ou deux secondes et demandez de quel mot il s’agit. J’ai montré dans ma recherche que des élèves de cycle 3 ne parviennent pas à faire cet exercice. La scansion et la fusion servent l’encodage et le décodage qui sont complémentaires en lecture.
  • Éviter l’enseignement des phonèmes car beaucoup plus difficile que l’enseignement des syllabes : certes, mais il est nécessaire d’arriver à ce grain fin : il faut enseigner la reconnaissance des phonèmes composant un mot, une syllabe en grande section.

Bon enseignement et écrivez-moi si vous rencontrez des soucis ou encore mieux : écrivez-moi aussi vos réussites. On constate souvent des progrès chez les élèves à partir de 17/18 séances. Patience, patience et n’oubliez pas que cet enseignement portera ses fruits en élémentaire ! Un vrai travail d’équipe !

Impact de l’entraînement en conscience phonologique sur la production d’écrits

L’entraînement régulier en conscience phonologique en maternelle a plusieurs impacts, dont celui de permettre à l’élève de produire des écrits en autonomie au CP, ce qui renforce son apprentissage de la lecture. L’enfant pense à ce qu’il veut écrire, il respecte l’ordre des mots, découpe chaque mot dans sa tête, en syllabes, puis chaque syllabe en phonèmes, toujours en respectant l’ordre. Il a appris à fusionner les phonèmes et les syllabes, il n’a donc pas de problème pour savoir où il en est. Il connait quelques conversions phonèmes-graphèmes et quand il est bloqué, il dit « Maîtresse comment on écrit [∫] « .

Ce qu’il ne peut pas savoir (il ne sait pas encore lire)  : où doit-on couper les mots et l’orthographe. Mais pour le reste, c’est la maîtrise d’un grand travail de réflexion en autonomie permettant de passer de l’oral à l’écrit !

Voici quelques exemples :

Dès octobre :

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Il y a des « e » à la fin de certains mots, car l’enfant l’a bien remarqué : en français plein de mots se terminent par un « e » !

Écriture des lettres capitales d’imprimerie contenant un trait horizontal

Voici le second fichier autonome (toujours modifiable si vous le souhaitez) « Écriture des lettres capitales avec un trait horizontal » sous forme de lutin à mettre à disposition des élèves une fois l’apprentissage réalisé.

Les pages sont orientées pour une prise en main dans le bon sens et la graphie est détaillée par étape afin de réduire les levers de crayon. Les petites flèches guident l’élève dans le tracé.

A bientôt pour le troisième volume !

Ecriture lettres avec trait horizontal

Écriture PS MS Lettres capitales avec trait horizontal

 

 

Gérer le groupe classe au coin regroupement

En maternelle, chaque enseignant alterne les moments individuels, en groupes et collectifs. Le coin regroupement est l’occasion de rassembler la classe pour les rituels, la lecture d’un album… Même s’il est conseillé que les séances en langage oral soient réalisées en petits groupes, tout autre moment collectif mobilise le langage oral chez les enfants. Afin d’aider à la gestion du groupe et de chacun, voici une petite astuce pédagogique.

Il s’agit de préparer des images découpées et plastifiées et d’en donner 3 à chaque enfant. Si cela demande un investissement en préparation, celui-ci est vite amorti car vous conservez les images pendant plusieurs années. Il suffit de les adapter à une activité précise ou plutôt d’adapter la consigne à un objectif précis.

Voici quelques exemples :

Gérer le groupe classe au coin regroupement

  • Vous travaillez sur les fruits en sciences et en langage, vous pouvez distribuer des fruits avec les mots écrits ou non et demander que pour la première prise de parole, il faut avoir un kiwi.
  • C’est bientôt noël, vous lisez un album sur ce thème, au moment où vous posez des questions sur le « comment et le pourquoi », vous pouvez demander que chaque enfant ait 3 prises de parole et il devra poser devant lui les sapins du plus petit au plus grand, au fur et à mesure des prises de parole.
  • Pour les bouquets, vous pouvez demander que chaque enfant qui répond à une question ou prend la parole pose en premier le bouquet n°1 etc. de manière à faire un lien avec l’activité mathématique.

Outre des prises de parole plus ordonnées, cela vous permet d’observer les petits parleurs, les grands parleurs, d’être plus juste dans vos sollicitations et de faciliter le transfert de connaissances.

Laissez votre imagination d’enseignant de maternelle vous guider !