C’était comment avant : l’emploi du temps en maternelle en 1905 ?

La brochure  intitulée « Les écoles maternelles. Décrets, règlements et circulaires en vigueur » mis en ordre et commentés par Madame Pauline Kergomard, publié chez Nathan en 1905, comprend deux emplois du temps en annexe.

Même si, à l’époque, tous les textes de lois concernant l’école étaient extrêmement précis, nous pouvons nous demander pourquoi une brochure (c’est le mot employé par Pauline Kergomard) rassemblant ces textes comportait deux emplois du temps ?

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Ces emplois du temps conviennent pour une école maternelle a 2 sections qui est la configuration la plus répandue depuis 1887 : la section des petits (2-4 ans) et la section des grands (4-6 ans). Voici ce qui est écrit en bas des emplois du temps :

Mle Brès, Inspectrice générale des Écoles maternelles a donné une conférence à l’École Normale d’Institutrices. Pour que ses conseils, prodigués lors de la conférence soient suivis, M. L’Inspecteur d’Académie a établi cet emploi du temps (il y en a deux mais dans les textes, on considère qu’il n’y en a qu’un : celui de l’école maternelle) revu par Mle Brès. Cet emploi du temps devra être suivi par toutes les écoles maternelles du département du Cher (Académie de Paris). Par extension, l’emploi du temps est inséré dans la brochure commentée par Pauline Kergomard avec une présentation signée par Mle Brès précisant  que cet emploi du temps est le résultat du travail de directrices et de savants ayant étudié l’enfance. Il peut être adapté aux particularités locales mais « D’une façon générale, il y aura donc lieu de suivre ces indications » (Kergomard, 1905, p. 103).

Pour résumer, en 1905, l’emploi du temps était fait par les Inspectrices Générales des écoles maternelles (avec la participation d’un Inspecteur d’Académie et des directrices d’école), publié et annoncé dans le titre d’une brochure résumant les textes officiels en vigueur. Cet emploi du temps est devenu le modèle applicable dans toutes les écoles maternelles de France notamment parce que la circulaire du 22 février 1905 avait pour ambition de lutter contre « des erreurs de pédagogie graves » comme l’enseignement de la lecture et de l’écriture en maternelle, exigé à l’époque, par les instituteurs du primaire, les parents, les Inspecteurs primaires…

Kergomard P. (1905). Les écoles maternelles. Décrets, règlements et circulaires en vigueur. Mis en ordre et commentés par Madame Pauline Kergomard. Accompagné d’un emploi du temps. Nouvelle édition modifiée et corrigée. Paris : Librairie Classique Fernand Nathan, p.103-107.

Quart d’heure lecture des enseignants : l’entrée à l’école maternelle par Pauline Kergomard en 1886

     Après un long passage concernant la propreté des enfants (du corps, du linge, des cheveux…) pour que les mamans considèrent que c’est « sérieux », Pauline Kergomard ajoute ce passage, que j’ai choisi de partager avec vous dans le cadre du « quart d’heure lecture » pour enseignants !

« J’engagerai cependant les directrices à être très indulgentes les premiers jours, pour qu’aucun nuage, soit entre la mère et elles, soit entre elles et l’enfant, n’assombrisse l’arrivée de ce dernier ; car une des grosses difficultés qu’elles rencontrent d’abord, c’est l’acclimatation de l’enfant. Il y a des petiots pour lesquels c’est un vrai désespoir de perdre de vue leur mère pour un instant, à plus forte raison quand il faut la quitter pour aller dans une maison inconnue, parmi des individus inconnus. Pour tous, sans distinction de tempérament physique et moral, c’est un changement complet d’habitudes ; enfin un grand nombre ont déjà entendu parler de l’école comme d’un épouvantail, comme d’une espèce de maison de correction. Beaucoup de parents se souviennent encore de l’ancienne férule, et la brandissent en imagination sur les menottes des futurs écoliers. Il ne faut donc pas s’étonner de toutes les larmes qui coulent, de tous les cris qui attristent, le matin, les préaux de nos écoles maternelles.

Il faut accueillir ces dépaysés, ces apeurés avec des sourires, des bras tendus, des paroles de tendresse et des baisers ; il faut qu’ils comprennent qu’à l’école maternelle ce que l’on trouve, ce sont des soins, des chants, des jeux, du bonheur. » (Kergomard, 1886, p. 22-23).

Kergomard P. (1886). L’éducation maternelle dans l’école. Paris : Hachette.