Enseigner le nom des lettres : trois conseils pour une plus grande efficacité

Nommer les lettres rapidement et automatiquement seraient deux facteurs importants du développement de la lecture.

1. Il est nécessaire dévaluer individuellement chaque élève (cycle 1-cycle 2 et cycle 3 : voir conseil 3) concernant le nom des lettres car c’est ce qu’il convient d’acquérir en premier. Cela vous permet d’avoir une connaissance très précise de ce que chacun sait. C’est un peu long mais ce temps sera très vite regagné par la suite : vous saurez quelles lettres travailler en collectif et quelles lettres travailler en APC par exemple. Pour évaluer, une fiche contenant les lettres dans le désordre en times new roman 14 ou 16 est proposée. Demandez à chaque enfant le montrer une lettre et de donner son nom aussitôt. Paradoxalement, la bienveillance ici, consiste à ne pas compter juste toute reprise (« m » non « n ») ; toute hésitation (« je crois que c’est « j ») et une réponse juste mais après 3 secondes de réflexion… car c’est le reflet de connaissances non stabilisées. La dénomination rapide montre si l’accès au nom de la lettre est rapide (et non uniquement s’il connait le nom de la lettre), preuve d’une connaissance automatisée et stable.

Évaluation de la connaissance du nom des lettres

2. Faire attention de ne pas enseigner au début, uniquement  le nom des voyelles car le son est égal au nom (a-e-i-o-u) et le risque est que des enfants en déduisent la même chose pour les consonnes. N’utilisez pas uniquement un support papier et l’encre mais variez les supports de manière à favoriser la mémorisation par les sens : lettres en creux à toucher ou lettres en papier rugueux… Dans tous les cas, bien orienter la lettre et/ou son support, et ne pas faire travailler les enfants les uns en face des autres mais côte à côte afin d’éviter les confusions (b-p ; q-d ; u-n).

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3. Cet enseignement n’est pas à réaliser uniquement aux cycles 1 et 2. Évaluer la connaissance du nom des lettres au cycle 3 peut vous révéler des lacunes à combler.

La recherche que j’ai menée au cycle 3 révèle qu’un élève de CE2 sur deux peut ne pas connaître le nom des 26 lettres de l’alphabet (éducation prioritaire). En voici un résumé : Cette recherche longitudinale se compose de 300 élèves de CE2 (8 ans) répartis au sein de deux groupes (expérimental : 235 élèves et témoin : 65 élèves). Le groupe expérimental a été divisé en deux, l’un a suivi un entraînement en conscience phonologique et en connaissance du nom des lettres (110 élèves) tandis que l’autre a suivi uniquement un entraînement de la conscience phonologique (125 élèves). La durée de l’entraînement réalisé par les enseignants a été de trois ans.

Les 298 élèves de CE2 (2 élèves présentent un handicap visuel) de l’échantillon ont passé une évaluation du nom des lettres de l’alphabet.

Résultats :
Quel que soit le groupe, moins de 50% des élèves de CE2 connaissent le nom des 26 lettres. J’ai répertorié le nombre d’erreurs pour chacune des lettres :

a b c d e f g h i
0 9 7 17 1 0 18 4 0
j k l m n o p q r
28 9 32 1 2 0 10 54 0
s t u v w x y z  
18 2 1 0 8 14 31 2

Pour en savoir plus, voici un power-point de présentation de cette recherche et de l’évaluation du nom des lettres dans tous les niveaux d’une école élémentaire :

Communication ACFAS Sophie Briquet 31 mai 2019

Les prédicteurs de la lecture

Les prédicteurs de la lecture influencent une meilleure réussite en lecture au début de l’école obligatoire lorsqu’ils sont travaillés régulièrement en maternelle. Les deux plus connus sont la conscience phonologique et la connaissance des lettres (nom, son, graphie). L’une de mes recherches consiste à transposer ces deux prédicteurs en remédiateurs chez des élèves en difficulté de lecture du CE2 (8 ans) au CM2 (11 ans). Je vous propose un article sur ce sujet et un power-point présenté à l’ESPE de Caen l’année scolaire dernière. Soyez attentifs à la diapo intitulée les variables influençant la réussite en lecture. En 2008, un rapport du NELP (National Early Literacy Panel) a mis au jour ces variables à partir d’un nombre considérable de recherches. En clair, pour optimiser l’apprentissage de la lecture, il faudrait travailler en maternelle :

  • la conscience phonologique
  • la dénomination rapide de lettres et de chiffres
  • la dénomination rapide d’objets et de couleurs
  • la mémoire de travail phonologique
  • l’écriture de lettres isolées
  • le nom et le son des lettres
  • l’écriture de son prénom en dictée.

C’est un exemple de la nécessité de relier théorie et pratique. Nous travaillons tous à peu près les premiers prédicteurs mais sans toujours bien savoir qu’ils vont être plus influents que d’autres apprentissages. Quant au dernier, le plus souvent nous utilisons des étiquettes prénoms mais nous ne demandons pas à l’élève d’écrire son prénom en lui dictant… La recherche est utile à nos progrès pédagogiques. Et il ne s’agit pas de culpabiliser bien sûr mais de toujours progresser.

Revue Questions Vives 2012 vol 8 n 18 etude de l efficacite d un protocole de remediation en lecture par des enseignants de cycle 3

Conférence cs phon lettres Caen 22 mars 2017