C’était comment avant : les conférences pédagogiques ?

Circulaire du 31 janvier 1829 : « Chaque recteur s’occupera d’établir dans son académie, canton par canton, aux époques les plus favorables, des conférences entre les instituteurs, sous la présidence d’un inspecteur. Cet officier de l’université se transportera dans tel ou tel arrondissement, que le recteur lui aura désigné ; là, seront réunis les instituteurs appartenant à la circonscription d’un ou de plusieurs comités suivant les localités et les circonstances. L’inspecteur questionnera les maîtres ; il les soumettra à diverses épreuves de leçons ou de compositions ; il donnera des avis… ».

L’arrêté du 10 février 1837 prévoyait que les instituteurs de plusieurs cantons pouvaient se réunir avec l’accord de leur hiérarchie pour discuter de leur enseignement, des méthodes, l’éducation des enfants… mais tout autre sujet était banni. Les instituteurs pouvaient également faire un compte-rendu de lecture d’ouvrage pour leurs collègues, ou aborder un point de la direction d’école… Il y avait toujours un président de séance désigné par le recteur de l’académie ; le vice-président, le secrétaire, le bibliothécaire étaient nommés par les instituteurs à la majorité, pour un an. Et, précise le décret : « Des indemnités seront délivrées à ceux des instituteurs qui n’auront manqué à aucune réunion sans motif valable et dûment justifié ». Ces conférences ont aussi été désignées sous l’appellation « cours de perfectionnement » mais ayant lieu tous les mois en hiver et deux fois par mois en été, elles ont disparu en 1848.

Une circulaire ministérielle rétablit les conférences en 1856 mais 3 fois par an. Voici les instructions concernant ces nouvelles conférences scolaires : « L’inspecteur-président, à chacune des séances du matin et du soir, fera une leçon orale sur une question de pédagogie. Cette leçon aboutira toujours à des conclusions pratiques. A la conférence suivante, chaque instituteur rapportera la leçon rédigée d’après ses notes ; l’inspecteur examinera ces rédactions, et, à une séance ultérieure, en présentera la critique, en les classant par ordre de mérite. Après la leçon, un instituteur désigné dans la précédente conférence donnera lecture d’un rapport qu’il aura rédigé sur une question de pédagogie pratique, de discipline scolaire ou d’intérêt administratif… ». Cette circulaire insiste sur le rôle des inspecteurs pour transformer ces conférences en « pierre de touche des qualités que l’administration supérieure a le droit d’exiger… ». (Rendu, 1881, p. 332).

Entre 1856 et 1880, les conférences avaient lieu de manière très inégales selon les départements.

L’arrêté du 5 juin 1880 précise :

Article 1er : Des conférences pédagogiques d’instituteurs et d’institutrices publics seront organisées dans chaque canton par l’autorité académique. Deux ou plusieurs cantons pourront être réunis. Le recteur, sur la proposition de l’inspecteur d’académie, pourra décider que la même conférence sera commune aux instituteurs et aux institutrices. La présidence appartient, de droit, à l’inspecteur d’académie, ou, à son défaut, à l’inspecteur primaire. Les membres de la conférence nomment, chaque année, un vice-président et un secrétaire choisis parmi eux.

Article 2 : Il ne sera traité, dans ces conférences, que de matières de pédagogie théorique et pratique.

Article 3 : A la dernière réunion de chaque année scolaire, la conférence propose les questions qui pourront être traitées au cours de l’année suivante. La liste de ces questions est arrêtée et publiée, dans le plus bref délai possible, par l’inspecteur d’académie.

Article 4 : La présence aux conférences pédagogiques est obligatoire pour tous les instituteurs et institutrices publics titulaires ; elle l’est aussi pour les instituteurs adjoints, toutes les fois que leur présence n’est pas nécessaire à l’école. Des dispenses pourront être accordées par l’inspecteur d’académie.

Article 5 : Les instituteurs et institutrices libres peuvent, sur leur demande, être autorisés par l’inspecteur d’académie à assister aux conférences.

Article 6 : le nombre, la date et le lieu des réunions sont fixés par l’autorité académique.

Article 7 : Une copie du procès-verbal de chaque séance est envoyée à l’inspecteur primaire ».

La circulaire du 10 août 1880 permettra la mise en application de cet arrêté en précisant l’importance d’échapper à l’isolement pour les enseignants, à la routine et au découragement. Les conférences avaient pour buts de les faire se rencontrer et échanger ainsi que nouer des relations avec la hiérarchie. « Créer entre eux librement cette communauté d’esprit et cette solidarité professionnelle qui fait la puissance et la dignité du corps enseignant. » indique la circulaire.

La circulaire du 20 août 1880 réclamait le vote d’une indemnité pour les instituteurs et institutrices au regard des frais engagés afin d’assister aux conférences pédagogiques.

Source :

Rendu E. (1881). Manuel de l’enseignement primaire. Pédagogique, théorique et pratique. Paris : Hachette. Nouvelle édition remaniée et très augmentée avec la collaboration de A. Trouillet, Inspecteur de l’Instruction Primaire. La première édition date de 1857.

 Pour aller plus loin :

(1880). Conférences pédagogiques de Paris en 1880. Rapports et procès-verbaux. Paris : hachette.

Conférences péda 1880 1 Conférences péda 1880 2

Conférences péda 1880 3 Conférences péda 1880 4

– Sardella L. P. (1988). Des conférences d’instituteurs aux demi-journées pédagogiques : une intuition détournée. Recherche et Formation, 3, p. 19-34.

https://www.persee.fr/doc/refor_0988-1824_1988_num_3_1_914

– IFE, dictionnaire Ferdinand Buisson :

http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2425

 

 

 

Méthodologie du mémoire master MEEF : fiches de lecture sur l’entretien, le questionnaire et l’observation

     Il y a quelques années, nous avions, en équipe de formateurs, réalisé pour nos étudiants et stagiaires, des fiches résumés d’ouvrages portant sur l’entretien, le questionnaire et l’observation.

Il faudrait refaire ce travail avec des éditions plus récentes mais je pense que cela peut toujours être utile aux étudiants aujourd’hui.

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Les ouvrages traités :

BLANCHET A., GOTMAN A. (2006). L’enquête et ses méthodes : L’entretien. Paris : Armand Colin.

DE SINGLY F. (2008). L’enquête et ses méthodes : le questionnaire.  Paris : Armand Colin.

ARBORIO A.M., FOURNIER P. (1999). L’enquête et ses méthodes : l’observation directe.  Paris : Nathan.

Méthodologie de la recherche Obs ent quest Fiches résumés

Vous pouvez retrouver la vidéo « Présenter sa méthodologie » sur ma chaîne YouTube, playlist Master MEEF mention 1 ou ci-dessous :

Immersion en crèche : des inspirations pour l’école maternelle

     Mardi 19 novembre 2019, j’ai été accueillie par Christophe Chaumoître à la crèche de Tournedos Bois Hubert (27). Christophe est puériculteur et supervise 5 crèches dans le pays du Neubourg. L’équipe est composée de 3 auxiliaires de puériculture, Caroline, Agnès et Gwendoline ; 2 agents d’animation, Isabelle et Jessy ; 1 agent de service, Odile. Stéphanie, Éducatrice de Jeunes Enfants dirige la crèche. Magali est EJE mobile et Katia, auxiliaire de puériculture mobile.

20191119_105424     Véranda     Jardin avec potager

A mon arrivée, j’enlève les chaussures mais je pouvais mettre aussi des sur-chaussures.

Les parents remplissent un écran tactile qui indique précisément l’heure d’arrivée de l’enfant (et l’heure à laquelle les parents viendront le chercher).

Dès l’ouverture, commence pour Christophe un gros travail de gestion administrative du personnel car pour ouvrir le matin, il est nécessaire que soient présents 2 personnes dont une EJE ou puéricultrice ou auxiliaire de puériculture ; une personne diplômée. Le cadrage institutionnel prévoit 1 professionnel diplômé (quel que soit le diplôme) pour 8 enfants qui marchent et 1 pour 5 qui ne marchent pas.

Coin d'activité pour les bébés     Salle d'activité pour les grands
Des grands escaladent, rebondissent sur des chevaux en caoutchouc bien souples. Magali est là, encadre, verbalise car le développement moteur autonome est la priorité de la crèche. Le personnel s’inspire des travaux d’Emmi Pikler (voir encadré plus bas). Les bébés allongés sur des tapis, entourés de matériel découvrent par eux-mêmes des déplacements, des postures. De cette manière, ils ne sont pas dépendants des adultes qui les prennent : ils se musclent en « faisant travailler leur corps » et prennent confiance en eux.

4 dortoirs sont équipés de lits hauts pour les bébés et de lits bas pour que ceux qui savent marcher puissent se coucher et se lever seuls. Un lit identique est présent au grand coin d’imitation. Ainsi, un enfant peut se coucher avec les poupées s’il le désire.

DortoirLit haut

Lit bas     Lit bas sans barrière

Les lits sont sur le modèle de lits évolutifs comme ici.

Du matériel de motricité (Triangle, tunnel, demi-rond) a été réalisé sur mesure et en chêne par un menuisier à partir de plans.

Tunnel    Triangle   Demi rond

Les toilettes : les bébés sont changés sur un matelas ; dès qu’ils savent marcher, ils peuvent changer leur couche debout, faire leur toilette… l’adulte aide mais ne dirige pas l’action.

Un moment de littérature partagé, Magali raconte la moufle sur le tapis de contes à l’aide d’un matériel réalisé par le personnel (grosse moufle tricotée rouge, petits personnages cousus, gros ours…). Les enfants sont captivés et interagissent pour mieux comprendre l’histoire.

Coin lecture     Coin d'imitation     Coin d'imitation 2

Des projets très intéressants :

Vis ma vie : deux professionnels qui exercent le même métier échangent leurs postes durant une journée.

– Le petit déjeuner commun école maternelle crèche organisé par le personnel des deux structures et les parents.

Un travail sur la pudeur : les parents, le personnel évitent de voir la salle où un adulte change un bébé, où les plus grands vont aux toilettes. L’intimité, c’est sacré.

Une journée sans jouet : et les enfants jouent avec des objets anodins, leur imaginaire est sollicité : un carton est une voiture, une cylindre est une poupée… Chacun y voit l’objet de ses rêves. Un jouet trop sophistiqué n’a qu’une fonction et peut empêcher toute imagination.

Merci à Christophe et à toute l’équipe de la crèche de Tournedos Bois Hubert pour leur accueil et à tous les enfants pour leurs sourires !

Pikler E. (1969). Le développement moteur des enfants du premier âge. Paris : PUF.

Emmi Pikler (1902-1984) est une pédiatre hongroise s’installant à Budapest en 1947 afin de diriger une pouponnière, Loczy. Elle y applique deux principes fondateurs : la motricité libre et l’attachement. Ainsi, le bébé, dans un environnement aménagé, est allongé mais peut à un moment donné, s’exercer à trouver une autre position seul. Il cherche à se déplacer seul sans que l’adulte décide de le déplacer.

Association : http://pikler.fr/Annexes/Emmi_Pikler_Loczy/Emmi_Pikler/La_motricite_libre

On décortique la problématique (du mémoire de master MEEF)

     Voici un document que j’utilise en cours avec les étudiants et stagiaires de master  MEEF (mentions 1 et 4) afin d’expliciter la problématique du mémoire, le cheminement.

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UE Méthodologie de la recherche thème sujet problématique

Et 50 sujets et problématiques. Merci à tous les étudiants qui ont œuvré !

50 exemples de sujets et problématiques mémoires MEEF

Bon courage à tous. C’est un écrit long mais vous parviendrez à écrire votre mémoire et vous en serez fiers !

Vous pouvez retrouver la vidéo concernant l’élaboration de la problématique sur ma chaîne YouTube ou ci-dessous :

 

C’est comment ailleurs : les programmes d’enseignement de l’Ontario, Canada

     Lire les programmes d’enseignement d’autres pays dans le monde est toujours riche. Alors commençons par nous enrichir,  nous imprégner à la lecture de :

« Les écoles de l’Ontario : de la maternelle et du jardin d’enfants à la 12è année (« EO »). Politiques et Programmes de 2016. Ministère de l’Éducation, 126p ».

Il s’agit d’un document général complété par des programmes pour les différents paliers et de nombreuses « Notes Politique/Programmes » numérotées pour chaque thème. Exemple : Note Politique/Programmes n° 8, Identification des élèves ayant des troubles d’apprentissage et planification de programmes à leur intention, 26 août 2014 : http://www.edu.gov.on.ca/extra/fre/ppm/ppm8f.pdf

2016 Les écoles de l’Ontario Politiques et programmes. Ontario, Canada, 126p

Toronto

Et voici sa fiche-résumé :

2016 Les écoles de l’Ontario, politiques et programmes. Résumé fait par Sophie Briquet-Duhazé

Attention au vocabulaire : une école d’application en Ontario n’a rien à voir avec une école d’application en France ; idem pour les écoles spécialisées.

 Plus d’informations : www.ontario.ca/education

Tableau de fréquence des graphèmes

     Après le tableau de fréquence des phonèmes (post du 23 octobre 2019) voici le tableau de fréquence des graphèmes. Les 5 premiers représentent 37,05% et les 10 premiers, 61,64%. J’ai ajouté ensuite les phonèmes qui correspondent et le numéro d’ordre de fréquence de ces phonèmes.

Pour rappel, une langue est dite transparente lorsque les nombres de phonèmes et de graphèmes sont assez proches. C’est le cas de l’italien (25P pour 35G à peu près) ; l’anglais et le français ne sont pas des langues transparentes…

Cube lettres à toucher avec trait vertical

Tableau de fréquence de tous les graphèmes

Sources :

– Peytard J., Genouvrier E. (1970). Linguistique et enseignement du français. Paris : Larousse.

– Léon P. R. (1966). Prononciation du français standard. Aide mémoire d’orthoépie. Paris : Didier.

Synthèse des fréquences  des graphèmes  (et phonèmes) issue des deux ouvrages :

BRIQUET-DUHAZÉ S. (2013). Développement professionnel et enseignement de la lecture au CP. Paris : L’Harmattan.    BRIQUET-DUHAZÉ S. (2013). Entraînement de la conscience phonologique et progrès en lecture d’élèves en grande difficulté. Paris : L’Harmattan.

Rapports sur la petite enfance (2)

Voici 9 autres rapports sur la petite enfance et 2 synthèses.

Belles lectures !

Rapports petite enfance

2016 RAPPORT Accompagner à la parentalité, petite enfance et santé. SFSP, 94p

2016 RAPPORT Contenu, globalité, cohérence des politiques relatives à la petite enfance, apports curriculum. BIE-UNESCO, 62p

2017 RAPPORT L’accueil du jeune enfant en 2016. ONAPE-CNAF, 45p

2017 RAPPORT Les premiers moments comptent pour chaque enfant. UNICEF, 92p

2017 RAPPORT Les preuves sont là, il faut investir dans l’éducation et la protection de la petite enfance. UNESCO, 312p

2019 RAPPORT Enfance et violence, la part des institutions publiques. Défenseur des droits, 101p

2019 Synthèse RAPPORT Enfance et violence. Défenseur des droits, 20p

2019 RAPPORT Égalité filles-garçons dans les modes d’accueil petite enfance. IGAS, 150p

2019 RAPPORT Eveil culturel et artistique de l’enfant de la naissance à 3 ans. S. Marinopoulos, 162p

2019 Synthèse RAPPORT Éveil culturel et artistique. S.Marinopoulos, 26p

2019 RAPPORT Penser petit, Politiques au service des enfants de moins de 6 ans confiés. ONPE, 122p

 

C’était comment avant : les classes du jeudi et du samedi en 1863 ? Et que faisait l’instituteur le dimanche ?

  1. En 1863, le jeudi matin est consacré à la messe, au chant, à la récitation d’un morceau littéraire et à la lecture expressive par le maître en dernière heure. C’est l’instituteur qui conduit tous les enfants à l’église. Dans les écoles mixtes, les filles font des travaux d’aiguille pendant le chant, la récitation du morceau littéraire…
  2. Le samedi est consacré aux révisions de tout ce qui a été étudié dans la semaine : instruction religieuse, langue française (dictée), arithmétique (problèmes).
  3. Le dimanche : le règlement prescrit à l’instituteur de conduire ses élèves à la messe après qu’ils se soient tous réunis à l’école ¼ d’heure auparavant. Le maître inspecte la propreté et la femme de l’instituteur s’occupe « des soins spéciaux à donner aux enfants qui, venant de hameaux éloignés, auraient eu à parcourir de mauvais chemins. L’appel est fait comme de coutume, note est prise des absents, qui seront punis le lendemain » (Pinet, 1863, p. 62).

Livre Organisation pédagogique des écoles 1863

Source : Pinet A. (1863). De l’organisation pédagogique des écoles d’après M. Villemereux, Inspecteur Général de l’Enseignement Primaire. Paris : Dezobry, Tandou Éditeurs, 3ème édition.